Partager l'article ! Utopie : entre projection et immobilisme: Vous avez dit utopiste ? Accuser quelqu'un d'utopie, c'est l'accuser de penser. L'accuser de cela au mo ...
Vous avez dit utopiste ? Accuser quelqu'un d'utopie, c'est l'accuser de penser. L'accuser de cela au moment où il veut changer les choses, c'est être soi même dans l'utopie. Et dans ce qu'elle a de pire : l'immobilisme. C'est être dans l'utopie conservatrice.
L'utopie, pour la plupart des gens, c'est ce qui n'existe pas ou ne peut exister. Le "lieu qui n'est pas". Un idéal dénué de tout réalisme.
Egalement, l'utopie se confond souvent avec une forme de perfection. Une société utopique est une société qui se voudrait parfaite, où tous les éléments interagissent entre eux dans l'harmonie et le respect de règles transcendantales, qui garantissent le développement et la pérénité de l'ensemble. S'il est très difficile de s'accorder sur les règles qui définissent cette société, en revanche, il est plus aisé d'en déduire une de ses qualités. Elle sera immobile.
En effet, si une société est parfaite et correspond au modèle qu'elle s'est fixée, elle n'est alors plus tenue d'évoluer. Le temps s'arrête donc pour elle. La société se fige dans uns succession de jours identiques, réduisant alors l'action à une réaction conditionnée par le système. Fini la liberté, l'auto-détermination, etc.
L'immobilité est donc le propre de l'Utopie.
(Javier Banegas, peinture à l'huile)
Par conséquent, il me parait étrange qu'on taxe d'utopistes ceux qui veulent changer les choses, et de réalistes, ceux qui pensent que la société, dans son état actuel, correspond au mieux qu'il leur est possible d'envisager.
Il me semble qu'il faut tacher de se montrer utopiste et réaliste : projeter notre pensée dans l'avenir et savoir observer le présent, le comprendre, pour déterminer nos actions. Se cantonner à une posture purement théorique ou purement matérialiste et pratique est le meilleur moyen d'interdire tout changement et donc de se sacrifier au plus grand danger : l'immobilité d'une utopie incarnée.
Dans le même ordre d'idée, je suis toujours surpris qu'on demande autant de garanties de réussite à chaque nouvelle proposition politique, à chaque alternative, alors qu'on considère souvent comme légitime, ou au moins inévitable, un système qui a par dessus tout montré son incapacité et ses dangers.
Je pense qu'on a plus besoin que jamais d'utopies, alors que la critique du système elle est bien là et que la plupart des gens ne sont pas bêtes non plus, ils savent ce qui va pas!
Ils disent juste, oui mais vous proposez rien!
Alors, voilà VIVE l'UTOPIE.
Je suis tout à fait d'accord sur le fait que nous avons besoin d'Utopies, d'idéaux et surtout d'une sorte de projet social, de valeurs qui réunissent réellement les gens.
Mon discours tendait seulement à interroger la différence entre l'idéal abstrait et immatériel et la réalisation pratique. Sur un plan tout à fait philosophique, je l'admet. Je voulait juste mettre en garde sur le phénomène de dogmatisation : quand une pensée se fige (de la même manière qu'un société utopique se fige) ou quand une organisation devient totalitaire (le modèle mis en place exclue les alternatives).
Pour nous défendre, nous Utopistes, nous devons nous connaître. Savoir quelle est la nature de l'utopie. Faire notre auto-critique, être conscient de nos limites.
Ce petit article n'est qu'une piste de réflexion sur la nature de l'Utopie, qui oscille, à mon sens, entre projection et immobilisme.
Enfin, je ne pense pas discréditer l'utopie. Et même si je ne propose rien de bien concret ici, je n'en pense pas moins. Il serait un peu long de rentrer dans le détail, mais je vous livre quand même quelques unes de mes réflexions :
1 - Une société n'a de sens que si elle travaille à l'émancipation de l'individu.
2 - Par conséquent, elle doit tendre vers la désinstituionnalisation : (ex : Le rôle de la police est de travailler à sa propre disparition. Le rôle de l'armée est de travailler à sa propre disparition. Le rôle de l'état est de travailler à sa propre disparition.) Pour cela ces institutions doivent se donner pour objectif de favoriser la paix sociale et entre les états. Et non pas de la mettre en péril par l'inégale repartition des richesses.
3 - Certaines valeurs morales me semblent indispendables : Je ne souhaite pas exploiter mon prochain (dommage pour le capitalisme).
Ce sont trois exemples simples de mon idéal politique. Une sorte d'anarchisme non-violent, ou la révolution n'est pas le moyen de l'anarchisme, mais la finalité des institutions.
L'homme, sans être un loup pour l'homme se confrontera toujours à des conflits d'intérêts (qui ne sont pas forcément violent mais qui nécessitent un arbitrage ou une structure sociale pour les solutionner). Par conséquent, l'abolition totale des institutions sociales est une chimère qui discrédite la pensée anarchiste. Toutefois, si les institutions travaillaient à leur désinflation, à se réduire au minimun pour régler les conflits, quand ils se présentent, nous vivrions une société moins oppressante. L'Etat n'est pas "toujours" nécessaire. Laissons la solidarité et l'empathie travailler en premier lieu avant de nous tourner vers les instituions.
C'est un long et épineux débat que je lance. Je ne sais pas si tu saisis le fond de ma pensée mais au moins que tu seras sensibles à mes propositions.
Cordialement
Nico
Quand vous écrivez l'immobile est le propre de l'utopie, je comprends bien votre pensée. Le libéralisme, par exemple, avant de devenir le système philosophique dominant aujourd'hui, était une véritable utopie ! Il a cependant triomphé, à un tel point qu'il a écrasé toutes les autres (même celle de l'utilitarisme). Nous vivons aujourd'hui dans une utopie conçue par nos prédécesseurs, sauf que celle-ci est en vérité une utopie qui en privilégie certains plus que d'autres...
Cette utopie avait bien un caractère mouvant, puisqu'elle était entre autres le résultat d'un « état d’esprit en désaccord avec l’état de réalité dans lequel il se produisait » (Karl Mannheim). Mais il semblerait qu'elle l'ait perdu en se mettant en place : cette perte du caractère mouvant crée alors la "dystopie" (anti-utopie). C'est d'ailleurs également le cas du communisme, projet beau et attirant car "en devenir" mais totalement dystopique lors de sa mise en place !
D'ailleurs, il semblerait que peu ou prou d'utopies intègrent le concept de mouvement - est-ce le sens de la Révolution "Permanente"? Si il vous semble que l'Utopie est immobile, intégrons le "devenir" comme un fondement de notre Utopie!
Je suis moi-même inspiré par le : Dictionnaire des Utopies! Et par Les Dépossédés de Ursula Le Guin, qui décrit justement une société anarchiste d'une manière tellement crédible qu'on se dit que cette utopie est réellement possible. Il "suffit" d'effectuer une continuelle déconstruction du discours doxique (apparemment, dans le sens que lui donne Derrida, la déconstruction consistait en deux opérations : une déstructuration doublée d'une reconstitution du discours).
Un des autres mérites de ce véritable chef d'oeuvre de la littérature mondiale est de voir justement que ce projet utopique, à partir du moment où il devient immobile, entre dans une sorte de "routine", et s'avère être fondamentalement dangereux. Il existe en librairie ou bibliothèque et j'espère pouvoir en discuter bientôt avec vous!
Je vous embrasse tendrement!
Bibeline
Cher Bibeline,
Je suis très agréablement surpris en vous lisant de me rendre compte que ma pensée trouve écho chez d'autres personnes. Je suis aussi désolé d'avoir tardé à vous répondre, mais le mouvement de la vie étant une composante de courants inéluctables, de vents contraires et de coups de rames donnés à la diable, je n'arrive pas toujours à me donner la disposition que je souhaiterai pour entretenir ce blog ainsi que les conversations qui en découlent.
De ce que vous dites, la "révolution permanente" me rappelle les propos de Krishnamurti. Et le principe de devenir dans la manifestation de l'Utopie est au centre de beaucoup de mes réflexions actuelles.
En effet, j'ai fait un court documentaire sur un prpjet politique à Toulouse. Créer une légumerie afin de permettre à la cuisine centrale de la ville de se fournir en légumes frais, locaux et, éventuellement, quand la filière sera structurée et en mesure de fournir les quantités demandées, en biologique.
Or, ce documentaire a été présenté en avant première dans le local de Friture, à Toulouse, un local militant (plutôt de tendance "ultra-gauche"). L'accueil a été mitigé. D'abord parce qu'il s'agit d'un projet politique ("tous les mêmes, de belles paroles, corrompus, etc.") et ensuite parce qu'il n'est pas en soi radical ou révolutionnaire.
Il ne fait pas la proposition de rompre immédiatement avec une cuisine centrale, pour édifier des cuisine dans chaque école. Pour ma défense, je dirai juste que le réalisme politique interdit à tout acteur politique cohérent, de faire une telle proposition. (dejà le budget de 2 millions d'€ a du mal à passer, alors je n'imagine même pas pour la centaine de millions nécessaires à cette contre-proposition).
Mais revenons à ce qui m'intéresse. J'ai fini par prendre conscience que les gens niaient cette proposition car elle n'est pas une solution, mais une alternative. Comme s'ils attendaient une "solution" qui règle immédiatement tous les problèmes, toutes les contradictions. Il me paraissait pourtant clair que ce projet là était le premier pas indispensable à la structuration su système, permettant plus tard la décentralisation. Il me semble donc que la notion de solution (parfois tristement finale) correspond à cette image immobile de l'utopie et la notion d'alternative intègre plus celle de "devenir". Me voilà donc converti et transformé en "Alternatif !"
Enfin, j'accepte qu'on soit en désaccord, mais je suis toujours surpris que les gens réagissent avec des tabous et du sacré. Certains termes comme "homme politique", "compétence", "rentabilité" ou même "utilité" (puisque vous en parlez) sont tabous ; et d'autres, comme "service public" ou "gauche",etc., sont sacrés pour certains et les empêchent de réfléchir froidement à la situation et aux propositions qui leurs sont faites. Peu de gens de "gauche" sont en effet capables d'écouter un discours de Sarkozy en essayant réellement de comprendre les enjeux de son propos. Et dieu sait si je ne partage pas son projet de société.
Je suis également assez d'accord sur votre analyse du libéralisme. Qui en soit n'est, à mes yeux, qu'un formidable outil politique : attitude gestionnaire (presque a-politique, a-idéale) et contrôle minimum de l'Etat. Programme presque anarchiste en fait. Malheureusement, certains outils ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Or le libéralisme au service du capitalisme est le pire évènement qui puisse s'imaginer dans une société. Véritablement la loi du plus fort ; et pour le plus fort.
Enfin, je n'ai pas encore trouvé le temps, mais je compte bien essayer de me procurer Les Dépossédés et, ainsi, pouvoir échanger un peu plus avec vous sur toutes ces belles théories humanistes.
Très tendrement,
Nicolas